Le PDC veut doter la Ville d’un délégué à l’économie



Tribune de Genève 5 septembre 2020

Face à une baisse drastique des rentrées fiscales, la Municipalité doit être davantage proactive, estime le parti.

Les nuages s’amoncellent au-dessus des finances de la Ville de Genève. Observant une «détérioration de la situation», le PDC ne veut pas rester les bras croisés. Il dépose une motion demandant la création d’un poste de délégué à l’économie, qui œuvrerait comme «courroie de transmission» entre le monde économique et le Conseil administratif. Le groupe demandera «l’urgence» lors du Conseil municipal du 8 septembre pour que sa proposition soit rapidement étudiée en commission.

Après des années à engranger des bénéfices, la Ville de Genève s’apprête à connaître des exercices difficiles. «Nous ne pouvons plus nous reposer sur nos lauriers», estime la conseillère municipale Alia Chaker Mangeat, coauteure de la motion. À la réforme de la fiscalité des entreprises (RFFA) – et ses importances pertes de rentrées fiscales – est venue s’ajouter une crise économique et sociale, déclenchée par le coronavirus. Le projet de budget 2021, dont la présentation a été repoussée, sera largement déficitaire.

«On se fait déplumer»

Pour le chef du groupe PDC Alain de Kalbermatten, il est temps que «la Ville soit davantage proactive pour le maintien de son assiette fiscale». Il déplore le départ récent de gros contribuables du territoire municipal. Cargill et KPMG ont ainsi quitté Champel et les Charmilles pour s’installer dans les nouvelles tours de Pont-Rouge, à Lancy. Après Pictet il y a quinze ans, le Quartier des banques va perdre un autre grand nom. Lombard Odier doit emménager à Bellevue d’ici à 2023. «On se fait déplumer comme des enfants de chœur», déplore l’élu.

Le départ de Pictet a creusé un trou de 12 millions de francs par année dans les caisses municipales. Il faudra s’attendre à une somme sans doute aussi importante pour Lombard Odier, «sans compter les employés qui risquent de déménager dans le canton de Vaud, complète Alia Chaker Mangeat. Ils ne consommeront plus au centre-ville et ne paieront plus leurs impôts à Genève.»

«À l’écoute» de l’économie

L’ancienne candidate au Conseil administratif insiste: il faut «anticiper». «La tendance est au télétravail. Les entreprises ont de moins en moins besoin de locaux. Nous devons valoriser nos nombreuses surfaces commerciales vacantes», soutient-elle. Et d’ajouter: «Genève, c’est un nom qui résonne positivement à l’international. Nous avons des atouts à faire valoir en termes de main-d’œuvre bien formée et de qualité de vie.»

Le futur délégué à l’économie aurait également comme mission d’être le «référent en Ville» pour les commerçants, les PME et les acteurs économiques. «Il doit être à l’écoute des besoins du tissu local», résument les deux élus. Si l’économie est une prérogative cantonale, il revient traditionnellement au conseiller administratif en charge des Finances – Sandrine Salerno de 2007 à 2020, Alfonso Gomez depuis le 1er juin – de rencontrer les représentants du monde économique. «Alfonso Gomez ne peut pas tout faire. En reprenant l’Environnement, il a étendu ses prérogatives par rapport à Sandrine Salerno, qui, elle, n’a pas suffisamment anticipé», estime Alain de Kalbermatten.

Qui attirer?

Quel accueil le Municipal, à majorité de gauche, réservera-t-il à la motion PDC? «Ce n’est pas un sujet politique. Et c’est en soignant les rentrées fiscales que l’on pourra maintenir les prestations», défend Alain de Kabermatten. Chef du groupe socialiste, Olivier Gurtner n’a pas encore pu lire le détail de la proposition. Mais «dans l’absolu, c’est une bonne idée, juge-t-il. La baisse de nos rentrées fiscales et le départ de certains contribuables sont une problématique sur laquelle on doit travailler.»

Alfonso Gomez accueille, lui aussi, «avec bienveillance» les velléités du PDC. Le magistrat rappelle toutefois qu’en dépit du départ de certains grands noms, les recettes liées à l’imposition des personnes morales ont continuellement augmenté ces dernières années – du moins jusqu’à RFFA. De 140 millions à 200 millions de francs entre 2009 et 2019. Le Vert explique qu’une délégation a été mise en place pour travailler sur les relations entre la Ville et le monde économique et étudier la transformation du tissu local. «Mais ce sera aussi l’occasion de débattre du type d’entreprises que la Ville doit attirer», dit-il. Lui mise sur «un tissu économique composé de profils variés pour éviter de se retrouver dans des situations difficiles lors du départ d’un gros contribuable».

Lire l’article en ligne dans la Tribune de Genève du 5 septembre 2020.