En ville, les terrasses «pourront rester en place tout l’hiver»



Tribune de Genève 7 octobre 2020

La conseillère administrative Marie Barbey-Chappuis veut soutenir les cafés et les restaurants, fortement touchés par la crise.

2020, annus horribilis pour les restaurateurs. Contraints de fermer du jour au lendemain durant deux mois ce printemps, la majorité des cafés, des bars et des restaurants n’entrevoient toujours pas de retour à la normale. La crise économique, le télétravail et les mesures sanitaires ont fait baisser leur fréquentation, en particulier au centre-ville. À Genève, le chiffre d’affaires des bistrots était en baisse de 42% en juillet, par rapport à 2019, laissant craindre une vague de faillites imminente.

Comme ailleurs en Suisse (Lausanne ou Neuchâtel) et à l’étranger (Paris), la Ville de Genève a décidé en mai de donner «un coup de pouce» aux tenanciers en leur permettant d’étendre la surface de leur terrasse et en les exemptant de la taxe sur l’utilisation du domaine public. Nouvelle conseillère administrative chargée de la Sécurité et des Sports, Marie Barbey-Chappuis a décidé de prolonger les mesures lancées par son prédécesseur Guillaume Barazzone. Cette année, les terrasses pourront «exceptionnellement» rester en place durant l’hiver. Objectif: «Compenser à l’extérieur ce que les restaurateurs perdent à l’intérieur» en raison des mesures de distanciation.

Comment la Ville peut-elle aider les restaurateurs?

En temps normal, les terrasses d’été doivent être retirées le 31 octobre. En raison du contexte économique et sanitaire, le Conseil administratif a décidé d’autoriser exceptionnellement la prolongation de ces installations durant tout l’hiver, soit jusqu’au 28 février. Environ 750 terrasses sont concernées: 400 se trouvent sur le domaine public et 350 sur la chaussée. Cette décision est motivée par l’ampleur de la crise qui touche ce secteur, qui emploie près de 10’000 personnes en ville de Genève. Sans soutien, beaucoup de commerces locaux feraient faillite.

Quelles conditions faudra-t-il respecter?

Chaque exploitant va recevoir un courrier qui les explicitera. Il faudra faire une demande de prolongation auprès du Service de l’espace public. La propreté devra être garantie en tout temps. En termes d’aménagement, nous ne sommes pas favorables à ce que les espaces soient cloisonnés. Pour des raisons esthétiques, nous ne voulons pas voir fleurir des bâches en plastique ici ou là. Enfin, les règles sanitaires devront bien entendu être respectées.

Jusqu’à quelle heure ces terrasses pourront-elles rester ouvertes?

Jusqu’à 21 heures. C’est plus restrictif qu’ailleurs. À Lausanne, les terrasses ferment au plus tôt à 22 heures. En Ville, l’idée est de profiter des belles journées d’hiver, à midi et durant l’après-midi, sans créer de nouvelles nuisances sonores. Les riverains ont aussi le droit de dormir la nuit. Nous allons d’ailleurs renforcer les contrôles et ceux qui ne jouent pas le jeu s’exposeront à des sanctions.

La Ville continuera-t-elle d’exempter ces établissements de la taxe sur utilisation du domaine public?

Oui, jusqu’au 28 février inclus. Nous ferons un point de situation à ce moment-là. À noter que, sur les marchés, les responsables des stands bénéficient également d’une exemption. Au total, cela engendre un manque à gagner de 2 millions de francs pour la Ville en 2020. Mais je considère qu’il s’agit d’un investissement utile.

Êtes-vous également favorable à la suspension de la taxe professionnelle pour les restaurateurs, comme le demande le PLR?

A priori non, car la suspension de la taxe professionnelle, qui ne s’appliquerait pas qu’aux restaurateurs, entraînerait un manque à gagner nettement plus conséquent, de l’ordre de 105 millions. Ce serait difficilement supportable pour les finances publiques. En outre, une telle mesure est de la compétence d’un autre département (ndlr: celui des Finances, dirigé par Alfonso Gomez) et nécessiterait une nouvelle décision du Conseil administratif.

Au Grand Conseil, une motion de la droite demande de déroger ponctuellement à l’interdiction des chaufferettes. Une bonne idée?

La loi cantonale interdit l’usage d’installations de chauffages avec des énergies fossiles. Je pense qu’il faut trouver le bon équilibre entre un soutien économique légitime et une sensibilité environnementale de plus en plus forte au sein de la population. Aujourd’hui, il existe de nouveaux dispositifs, comme les chaudières à pellets, qui permettent de chauffer autrement, sans recourir au mazout ou au gaz. Quand on commande un plat du jour sur les pistes de ski, il n’y a pas de chaufferette, et on profite quand même.

À la fin du confinement, la Ville avait déjà permis d’étendre, sous condition, la surface des terrasses. La mesure a-t-elle porté ces fruits?

Sur le domaine public, 105 établissements ont demandé une extension. En revanche, seules 14 terrasses ont été étendues sur des places de stationnement. Globalement, nous tirons un bilan positif, tout comme les associations professionnelles que nous avons consultées avant de décider de prolonger l’installation des terrasses. Mais malgré la fin du confinement et les aides fédérales, cantonales et municipales, les restaurateurs continuent de souffrir. Et les perspectives pour cet hiver ne sont pas bonnes.

Elles ne sont pas bonnes non plus sur le plan de l’animation du centre-ville. Escalade, marché de Noël… Les annulations se succèdent. La Ville prévoit-elle de lancer malgré tout des événements?

Nous regrettons ces annulations, tout en comprenant les organisateurs. Nous sommes en train de réfléchir à des animations plus modestes. L’objectif: avoir un centre-ville vivant et que les Genevois aient envie d’y venir. Les illuminations de Noël seront bien là et, en janvier, nous aurons le Geneva Lux Festival. Et puis, permettre aux établissements d’ouvrir leur terrasse, c’est aussi une manière d’égayer l’espace public durant l’hiver.

Lire l’article en ligne dans la Tribune de Genève du 7 octobre 2020.